Expo Elvifrance de Jessy Deshais

Les 3, 4 et 5 décembre prochain, le SoBD présentera la série des Elvifrance de Jessy Deshais, soit une quinzaine de pièces réalisée par l’artiste à partir des petits formats pornographique de la maison française.

Jessy Deshais travaille fréquemment par transformation d’objets déjà existants. Parmi ces objets, elle affectionne les livres de tout type : livres d’images, revues, bandes dessinées, romans…

Les beaux livres et les objets littéraires ont été l’objet de ses attentions, mais pas exclusivement. L’artiste s’est également emparée des petits formats pornographiques de la maison Elvifrance, ouvrages le plus souvent occultés, dépréciés, jetés dans les noires oubliettes du 9e art sans considération sur l’impact qu’ils ont pu avoir (non sur une élite formées et appelant de ces vœux la légitimation de la bande dessinée mais bien sur un lectorat mal connu, dont l’attrait pour ces publications préfère rester dissimulé par les brumes de notre ignorance).

Ce sont ces ouvrages peu recommandables, cédés à la chirurgie de l’artiste, que nous exposons aujourd’hui. Ici, toute la palette des opérations de Jessy Deshais peut être observée. Car si l’ablation peut sembler un traitement élémentaire (n’évoque-t-il pas la simple déchirure d’une page ?), c’est loin d’être le cas. Jessy Deshais pratique le retrait de plusieurs façons : elle peut ôter du livre certaines de ses figures (les hommes, par exemples), ou les en ôter toutes. Dans le premier cas ne subsistent que les figures féminines au terme d’un travail qui s’apparente véritablement à une amputation, c’est-à-dire à une intervention vitale permettant la survie du patient par la séparation du corps malade et mortifère. Dans le second cas, c’est un squelette qui est mis au jour. Les lambeaux qui subsistent encore ici où là ne cachent plus la structure sous-jacente, l’organisation interne de l’anatomie livresque. Mais l’ablation peut également faire surgir une image subliminale, chimère composée de parties originellement distinctes, désormais réunies puisqu’a été ôté ce qui les séparait les unes des autres.

La fragilité de ces objets, due à la mauvaise qualité du papier et de l’encre, qui réagissent ensemble pour vieillir plus vite, est infiniment touchante, et les découpages que leur a imposé l’artiste n’en sont que plus extraordinaires. Avec quelle délicatesse a-t-elle dû poser son ciseau sur leur feuille pour ne pas les détruire en les incisant !

Rappelons enfin que dans toute amputation réside une fonction inverse primordiale : la conservation. On ôte pour garder ce qui n’est pas ôté. Ainsi en va-t-il aussi du travail de Jessy Deshais où la transformation du livre est toujours le résultat d’une intention et non celui du hasard. Si la plastique du résultat est indéniablement convoquée lorsque nous sommes confrontés à l’objet résultant, il faut bien dire que la découpe révèle tout aussi immanquablement une volonté politique ou analytique.

  • Vous pourrez apprécier l’exposition dédiée a Jessy Deshais à la Bibliothèque éphémère du SoBD, à côté du Musée éphémère.

Emplacement de l’exposition Elvifrance de Jessy Deshais sur le SoBD 2021.

Plan intérieur général du SoBD